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LA CRISE DE L’EDUCATION AFRICAINE ET SES CONSEQUENCES DANS 30 ANS

Vue partielle d’une classe de plu de 120 élèves

Les défis du monde de demain et la complexité de la résolution des problèmes géophysiques universels nécessitent une réadaptation de la notion de l’éducation scolaire en considérant son essence c’est-à-dire sa qualité, sa structuration, son organisation et surtout son expansion dans la population et dans le temps. L’école et l’enseignement de qualité pour ne pas dire d’excellence, se présentent aujourd’hui comme la seule arme pour faire face aux imprévues sans cesse grandissant de l’univers. Cependant, alors que sous d’autres cieux, les responsables nationaux et décideurs politiques réfléchissent constamment sur la reconfiguration à donner à l’éducation pour rester compatible voire en avance sur le futur, l’école et le système éducatif africain demeurent primaires et semblent ne pas préoccuper les premiers responsables. Néanmoins, le continent Africain est de loin celui qui s‘expose le plus aux dangers et aux incertitudes de demain.

L’Afrique ne s’est jamais défini un système éducatif propre depuis la fin des périodes coloniales. Les écoles africaines gardent toujours la philosophie et la mission coloniale, loin de celle d’une école de développement. L’Afrique et les pays africains sont toujours à la recherche d’une machine éducative adéquate pour leur développement et au même moment, on constate avec amertume que l’éducation n’est pas une priorité pour les Etats africains. On est tenté de dire même que la classe dirigeante africaine ignore l’importance de l’EDUCATION SCOLAIRE dans le processus de développement, le devenir d’une Nation. L’état des écoles et des infrastructures scolaires, l’équipement des établissements, le processus d’engagement des enseignants, leurs formations initiale (avant l’entrée en fonction) et continue (formation en cours de carrière), leurs conditions de vie et de travail, les contenus des programmes scolaires, les missions assignées à l’éducation, le budget alloué à l’éducation, l’adéquation du système éducatif aux besoins locaux et le marché du travail etc. sont quelques-uns des paramètres fondamentaux qui déterminent le niveau de l’éducation d’un pays. Autant l’école et la recherche constituaient le fondement pour la liberté et le  développement des pays occidentaux et orientaux, autant les pays africains au lendemain de leur indépendance se sont repliés dans l’engagement politique et souvent politicienne pour consolider leur « liberté et stabilité ». Ainsi, la chaine cinématique de la construction d’un Etat, d’une société développée est travestie. L’école, l’éducation scolaire, l’enseignement de qualité, la formation professionnelle et la recherche ne constituent pas les priorités des Nations africaines. Dans plusieurs pays, on note clairement que l’enseignement supérieur n’est pas une priorité pour l’Etat ; certains pays ne disposent pas de ministère spécifique pour l’éducation. Ces constatations sont de graves manquements dans la gestion de l’Etat et de l’équilibre universel. Enfants, adolescents et jeunes de presque tout le continent africain sont soumis à un système dit éducatif de niveau médiocre pour ne pas dire misérable. La banalisation de l’importance du savoir et du savoir certain, l’ignorance de la quintessence de la connaissance et de l’acquisition des compétences à consolider chez les apprenants, la culture du minimalisme, de l’autarcie et de la vision conceptuelle limitée à l’autosuffisance alimentaire familiale, demeurent malheureusement des réalités individuelles mais aussi et surtout étatiques. Si « tant vaut l’école, tant vaut la Nation » quelle est l’image de la Nation dans laquelle on retrouve des salles de classe dont les tables et bancs sont des briques de 20 ou parfois on retrouve des élèves à plat ventre, écrivant dans leur cahier ?  Nelson Mandela disant : « l’éducation est l’arme la plus puissante pour changer le monde » mais quelle éducation ?

L’éducation scolaire en Afrique est perçue par l’Etat comme une charge parce qu’elle ne procure pas de revenu alors que la première ressource économique d’une Nation est sa ressource humaine et celle-ci n’est efficace, opérationnelle et capable de développer économiquement le pays que si elle bénéficie d’un enseignement de qualité.

La crise éducative que traverse le continent africain est connue par de grandes institutions comme l’Union Africaine, l’UNESCO, la Banque Mondiale, l’OCDE etc. Des réunions se multiplient tout comme des discours et des écrits. Cependant les classes dirigeantes africaines demeurent dans une absence de mise en place de plan éducatif et de vision réelle panafricaine pour l’éducation et le développement continental. Dans tous les pays africains, les politiques attendent que le système éducatif idoine à mettre en place, les améliorations à apporter à l’éducation ainsi que les programmes scolaires soient dictés soit par des organisations internationales soit par le pays colonisateur tout comme on attend que les équipements de laboratoire de sciences et les « bons » formateurs et experts viennent de Paris ou de Londres. Les pays africains « s’affirment indépendants » mais demeurent intimement et volontairement liés aux pays colonisateurs. Cette situation inextricable est un contrepoids au développement continental. Certes l’éducation n’est pas le seul facteur qui développe. L’instabilité politique, la carence de démocratie et la généralisation de la corruption déstabilisent l’Afrique et sacrifient sa jeunesse. Cependant, l’école africaine telle qu’elle est, ne conduira pas les Nations africaines vers le développement. L’éducation africaine doit être bâtie sur la culture panafricaine avec une disponibilité de suivre un cursus scolaire complet et excellent sur le continent sans chercher le besoin d’aller ailleurs. L’éducation africaine doit être bâtie sur l’africanité c’est-à-dire l’acquisition profonde des savoirs réels et pratiques ainsi que  la transformation de ces savoirs / compétences pour résoudre les problèmes de société en Afrique et produire ce dont les consommateurs africains ont besoin.

LA CONSCIENCE DE CONSTRUIRE DES SYSTEMS EDUCATIFS AFRICAINS

L’Union Africaine et particulièrement sa Commission des Ressources Humaines Sciences et Technologies se présente comme l’entité la plus consciente et la plus engagée dans la reforme que nécessite le système éducatif africain. Cependant les grands chantiers entrepris, pour passer d’un enseignement colonial à un enseignement approprié au Continent ne sont pas relayés au niveau des Nations. Ainsi le programme CESA 16-25 (Continental Education Strategy for Africa) et ses objectifs sont inconnus et inappliqués à l’échelle des pays. Ce fameux document trace néanmoins des grandes directives pour l’amélioration de l’éducation en Afrique. D’autres documents édifiants comme « La formation des enseignants, leur condition de vie et de travail », validés à Addias Abéba en décembre 2016 sont également méconnus au niveau des Nations. Depuis 2018, la Commission Ressources Humaine, Sciences et Technologies lance un nouveau programme sur l’Innovation dans le domaine de l’éducation en Afrique : ce programme qui consiste à réunir chaque année, des Africains ayant contribué à une amélioration du système éducatif ou ayant apporté une innovation pour élever ou réadapter  le système éducatif africain, devrait drainer plus d’acteurs et servir de modèle aux Nations qui doivent s’inspirer des meilleures innovations. Malheureusement très peu d’Etats s’engagent sur ces chantiers. Les dirigeants africains sont absorbés par la quête de la longévité au pouvoir dans l’abandon du fondamental qu’est le développement de la ressource humaine. Les Nations africaines doivent consentir à investir volontairement au moins 5% de leur PIB dans l’éducation, la recherche et la formation.  Des rapports et bilans doivent être faits chaque année sur l’usage de ces fonds.

L’Afrique souffre et le Continent africain sera dépendant et souffrira de graves crises dans les 30 années à venir si des mesures spécifiques ne sont prises dès à présente pour que chaque Nation africaine inscrive l’enseignement de qualité comme première priorité des actions gouvernementales et que des mesures pratiques, tangibles et endogènes soient prises. Suivant plusieurs études, la population africaine devrait doubler en 2050 pour se situer entre 2 et 3 milliard d’habitants. Si on sait que plus de 60% de la population de plusieurs pays du Continent a moins de 25 ans, la croissance exponentielle de la population de ces pays et les besoins constants qui s’en suivront devraient être planifiés, étudiés et des programmes, plans pratiques déjà mis en place pour endiguer les crises mais ce n’est pas le cas. Les directions africaines ne commenceront à chercher des solutions aux  problèmes de l’emploi, de logement, de santé, de restauration, de scolarisation, de déplacement etc. qui découleront de cette augmentation de la population que quand ces problèmes commenceront à affecter  réellement les populations. Sans anticipation, des milliers de jeunes Africains sans qualification et sans espoir prendront les chemins de l’exile et perdront pour la plupart leur vie dans la méditerranée ou seront appâtés par des organisations extrémistes dans leurs actions de déstabilisation mondiale. Mis à part ces besoins typiquement africains, la nécessité d’une éducation de qualité relève de l’ordre mondial et incombe à l’Organisation des Nations Unis donc à l’UNESCO. Les défis du monde de demain ne trouveront leur solution que dans un enseignement de qualité non seulement pour certains privilégiés de certains pays mais un enseignement de qualité pour tous, partout et n’importe quand. Depuis plusieurs années, les côtes Ouest africaines sont rongées profondément par l’océan Atlantique d’une manière inquiétante et aucune mesure n’est prise pour arrêter ce dégât qui d’ailleurs n’est guère local. Durant cette année 2019, on note sur toute cette côte une augmentation de température jamais atteinte. Durant les mois de mars, les températures moyennes dans cette région du globe tournent autour de 30°C. Cette année, on a relevé une moyenne de plus de 33°C.

Les dispositions, les mesures à prendre, les engagements à adopter et les gestes quotidiens des populations afin de réduire l’augmentation des gaz à effet de serre et le réchauffement climatique ne relèvent pas d’une compétence nationale mais plutôt universelle. Si vous enseignez à Liège, à Copenhague et à Lausanne les bonnes manières de se comporter, les gestes et attitudes quotidiens à adopter pour lutter contre le réchauffement climatique et que ce fléau et ses conséquences sont méconnus voire ignorés à Minh-Ville et à Quito, des cyclones anormaux et fortement dévastateurs s’abattront sur la Tanzanie et la Mozambique.

Nous rentrons dans une ère qui exige que la connaissance et le savoir de qualité soient universels et accessibles partout afin de cerner les données du monde nouveau.

LES ACTIONS AFRICAINES POUR UN ENSEIGNEMENT DE QUALITE POUR TOUS

Les politiques africaines doivent inscrire l’enseignement de qualité dans les premières priorités des gouvernements et définir elles-mêmes la structure de ce système éducatif en compatibilité avec les besoins des pays et l’évolution mondiale. Les Africains du contient et de la diaspora sont suffisamment compétents pour réécrire le système éducatif africain.


Vue partielle d’une classe de plus de 120 élèves en Afrique de l’Ouest-photo prise en avril 2019

Les pays africains se perdent dans leur système éducatif, adoptant des solutions de replâtrage immédiat pour des problèmes qui les dépassent. Dans les pays où on retrouvait 2 élèves sur une table-banc, on se retrouve avec 3 élèves par table. Les infrastructures éducatives sont construites par la banque mondiale ou des ONG comme si les dirigeants ne mesurent pas eux-mêmes la portée du besoin. Les études ont montré qu’au-delà de 30 élèves par classe, l’enseignement n’est plus de qualité. Quelle compétence un enseignant peut donner à 120 adolescents entassés dans une salle de classe et qu’est-ce que l’Etat attend à la fois de cet enseignant et de ces apprenants ? Quel avenir peut-on prévoir pour ces apprenants et cet Etat ? En Afrique, on pense souvent qu’on n’a pas les moyens et donc cela justifierait la médiocrité de l’enseignement. Ce n’est pas le développement qui entraîne un enseignement de qualité mais c’est la pensée qui entraîne un enseignement de qualité et c’est l’enseignement de qualité qui entraîne le développement. Des classes pléthoriques dans des écoles sans laboratoire et des universités fondées sur la théorie conduisent à des diplômés sans compétences et donc appelés à faire des taxis-moto ou à vendre des téléphones portables au coin de la rue. Comment résoudre ce problème et relancer une nouvelle Afrique ?

LE CHANTIER DE L’EDUCATION AFRICAINE

Quelques grandes lignes et d’actions pour un nouveau système éducatif en Afrique :

ACTIONS DETAILS
Ecole et apprenant : Réduire le nombre de kilomètres que parcourent les apprenants pour se rendre à l’école. Certains élèves des cours primaires font plus de 6 km chaque jour pour se rendre à l’école. L’Etat doit créer plus d’établissements scolaires à proximité des apprenants.
Limitation des effectifs des classes L’effectif moyen dans les classes primaires africaines tourne autour de 70 élèves par classe alors qu’il est de 65 au secondaire. L’Etat doit créer plus d’écoles pour ramener le nombre d’apprenants à 30 élèves par classe en primaire et en secondaire.  
Les conditions d’entrée en fonction des enseignants Les Etats doivent fixer les diplômes requis pour enseigner selon les degrés. En plus des diplômes, une formation de qualité avant l’entrée en fonction est indispensable pour tout enseignant. La formation continue doit être renforcée et systématique. Cette formation qui, actuellement est superficielle et théorique, doit cibler des thématiques données, des compétences, des besoins et nécessités précises afin d’apporter aux enseignants ce dont ils ont besoin pour mieux enseigner aux élèves dans un processus de recherche et non de plafonnement. Il y a lieu de spécifier ce qui est noté ici par FORMATION DE QUALITE des enseignants. Les différentes formations données aujourd’hui aux enseignants africains semblent dépassées. La reforme éducative doit engager des enseignants chercheurs : ce qui nécessite un changement de mentalité et une disponibilité à faire de la recherche pour enseigner autrement. Le matériel logistique adéquat pour ce changement doit être fourni par les politiques.  L’apport de la diaspora dans ce changement est conséquent. Les ressources africaines doivent s’unir pour produire le changement.
Equipement des écoles Casser le cercle cyclique d’enseignement théorique des sciences afin de donner des compétences pratiques et transposables en technologie à implémenter dans la société : chaque établissement secondaire doit disposer d’un laboratoire de sciences exactes régulièrement équipé avec des enseignants régulièrement formés.
Les conditions de travail et de vie des enseignants Les conditions de travail et de vie des enseignants doivent être revues dans des détails précis. La rémunération et toutes les conditions afférentes à la fonction, les problèmes des primes, de logement, d’affectation, d’accès aux ouvrages, aux outils TIC, à une connexion Internet, d’accès aux crédits etc. doivent être définis afin de permettre à l’enseignant de ne pas exercer comme une fonction auxiliaire.  
Le contenu des programmes scolaires Les programmes scolaires africains doivent être adaptés aux besoins du pays, du continent et en adéquation avec l’évolution universelle dans le monde de l’éducation. Ces programmes doivent par ailleurs intégrer la pratique afin d’orienter l’enseignement vers la profession et l’entreprenariat. 
Les hautes écoles et universités Ce sont les lieux des expertises et du savoir national et doivent être reconnus et utilisés comme tel par les politiques. Leurs équipements doivent permettre de produire la ressource humaine adéquate pour le pays. Les mémoires et travaux de fin d’étude doivent être des solutions pratiques et réelles aux problèmes de société.
L’école au service du développement Les pays africains forment des ingénieurs ponts et chaussées en confiant en même temps leurs projets de réalisation d’infrastructures routières à des sociétés étrangères. La réforme doit mettre en application l’expertise des ressources formées avec les besoins pratiques du pays dans tous les domaines.

 L’Afrique doit s’affirmer par un changement systématique de son éducation scolaire, de sa vision sur l’éducation et de son engagement dans un développement endogène. L’éducation n’est plus une compétence nationale mais plutôt universelle. Il n’y a pas de développement durable sans enseignement de qualité. Les drames auxquels le continent s’expose dans les années à venir sont imprévisibles si des mesures concrètes ne sont mises en place dès à présent pour permettre à la jeunesse africaine de mettre son génie au service du développement à travers un système éducatif digne et approprié.

Dr. AFANOU K. Victor José

Chercheur sur le Système Educatif Africain

DG OPEM (Observatoire Panafricain pour l’Ecole et les Métiers)

contact@africadeveloppement.org

Tél  UE : +32 488 34 08 01

Tél Togo : +228 93 49 31 49






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